On décore la chambre, on lave les petits pyjamas, on monte la table à langer, on prépare bien l'arrivée de bébé. Mais notre cocon à nous — les repas, le linge, la fatigue, le manque de temps — as-tu pensé à l'anticiper ? Qui pourra t'aider et prendre soin de toi à ces moments-là ?
Personne ne nous apprend à construire un village. Et quand on vient d’ailleurs, quand la famille est sur un autre continent ou qu’on arrive dans une ville où on ne connaît presque personne, il faut se le dire : c’est à nous de nous débrouiller, et ce n’est pas toujours facile.
Bonne nouvelle : pas besoin de le faire seul·e, on va préparer ce village, ensemble.
Pourquoi maintenant, et pas après
le paradoxe du soutien
Demander de l’aide, ce n’est pas toujours facile mais ça s’organise. Idéalement avant que le besoin soit là. Parce que le moment où on en a le plus besoin, c’est aussi le moment où on a moins d’énergie. Autour de nous, même avec la plus grande volonté, nos amis, la famille, ne peuvent pas deviner ce dont on a vraiment besoin. Et puis, qui n’a jamais feint que tout va bien alors qu’au fond, ce qu’on vit est beaucoup plus difficile que ce qu’on laisse paraître ?
Alors voilà, on va penser le village en cinq types de présence. Cinq fonctions différentes. Une même personne peut en couvrir plusieurs. Et si tu as des trous, pas de souci, on est là pour chercher ensemble.
Type de présence 01
Le soutien médical et périnatal
C’est l’équipe qui veille sur ta santé et celle de ton bébé : avant, pendant, après. Médecin de famille, gynécologue, sage-femme, infirmière du CLSC, accompagnante à la naissance (doula). Selon Naître et grandir, l’accompagnante n’est pas une professionnelle de la santé, mais une personne qui offre un soutien continu pendant la grossesse et l’accouchement. Beaucoup d’accompagnantes interviennent aussi en post-partum. Certains organismes communautaires en offrent gratuitement, bien que les places soient limitées.
Les haltes-allaitement sont une autre porte d’entrée, que tu allaites ou non. On peut y aller autant pour la pesée du bébé que pour parler à un autre adulte. Et si tu allaites, aller chercher du soutien dans les premiers jours fait toute la différence — au Québec, Nourri-Source propose un service de marraines d’allaitement bénévoles, accessible partout.
Type de présence 02
Le soutien du quotidien
C’est l’aide concrète, celle du quotidien. Celle qui fait tourner la maison pendant que tu apprends à connaître ton bébé. Le proche qui dépose un repas. Le voisin qui sort tes poubelles sans qu’on lui demande. La personne qui vient plier une brassée de linge, ou garder l’aîné·e une heure. Au Québec, plusieurs centres de ressources périnatales offrent aussi des services de relevailles — un accompagnement à domicile dans les semaines qui suivent la naissance.
Et on n’oublie pas que ça fait du bien de voir du monde réellement — pas juste par téléphone, message ou visio.
Type de présence 03
Le soutien entre parents
Personne ne comprend la fatigue des premières semaines comme quelqu’un qui la traverse en même temps que toi. Si tu prévois de faire des cours prénataux, n’hésite pas à garder contact avec d’autres parents. Tu peux aussi rejoindre le groupe Facebook de futurs parents de ton quartier. Renseigne-toi sur la halte-allaitement de ton secteur.
Ce type de présence brise quelque chose de précis : le sentiment d’être seul·e à vivre ça. De voir que les bébés ne dorment pas tous pareil, que personne n’a le mode d’emploi, qu’il y a mille façons de faire — et que la tienne en est une.
Et parfois, dans le lot, on tombe sur des parents avec qui ça fit vraiment. Ceux avec qui on traverse le tourbillon en parallèle, qu’on voit grandir leurs enfants à côté des nôtres. Ça ne se commande pas, et ça prend du temps — mais quand ça arrive, c’est inestimable.
Type de présence 04
Le soutien émotionnel
Celui-là n’a rien à voir avec la logistique. C’est la personne, ou les personnes, devant qui tu peux dire les choses pas jolies. La fatigue qui rend méconnaissable. Le doute. L’ambivalence. Ta ou ton partenaire, idéalement. Un ami de confiance qui ne juge pas.
Et si le besoin est là, un professionnel. N’attends pas que ça aille mal pour chercher un psychologue : si tu sens des peurs ou des angoisses pendant la grossesse, prendre rendez-vous en amont, c’est se donner une longueur d’avance. Tu peux aussi en parler aux professionnels qui te suivent — médecin, sage-femme — ils peuvent te recommander quelqu’un. Au Québec, le service Info-Social (811, option 2) permet de parler à un intervenant psychosocial, et d’être orienté vers les bonnes ressources.
Certaines personnes trouvent aussi du soulagement dans des approches complémentaires comme l’hypnose ou l’acupuncture pour gérer le stress et les angoisses. Ce sont des avenues à explorer avec ton médecin ou ta sage-femme, qui peuvent te dire ce qui te convient.
Et si la détresse arrive pendant l’accouchement, n’hésite pas à le dire aux infirmières — elles sont là pour ça. Je peux te le dire d’expérience : c’est en parlant qu’on reçoit de l’aide.
Type de présence 05
Le relais d’urgence
Une seule question, ici : qui je peux appeler à n’importe quelle heure ? Pas pour une vraie urgence médicale — pour ça, c’est le 811 ou le 911. Mais pour le moment où tout déborde, où il faut juste une voix, ou quelqu’un qui vienne. Le relais d’urgence, c’est la personne (ou les deux ou trois personnes) qui ont dit « peu importe l’heure ».
Si tu es en couple, ton ou ta partenaire est concerné·e au premier plan — c'est la première personne à s'impliquer dans le quotidien, le soutien émotionnel, les nuits. Ce n'est pas un détail : trop de mamans se retrouvent à porter toute la charge mentale et physique d'un nouveau-né en pensant que c'est normal. Ça ne l'est pas. Ce travail-là, on le pense, on le répartit et on l'ajuste à deux.
Parce qu’il n’y a pas de village parfait
et si mon village est petit ?
Et les cases ne se remplissent pas seulement avec des proches : au Québec, le réseau des Centres de ressources périnatales, les organismes communautaires Famille, la ligne Info-Social (811) et le service 211 — qui répertorie les ressources sociocommunautaires de ta région — existent précisément pour ça. Pour les parents qui partent de zéro. Sans condition, souvent gratuitement.
Le village parfait n’existe pas. Le tien n’a pas à ressembler à celui d’à côté. Il a juste à être là quand tu en auras besoin.
Par où commencer, concrètement
la carte de mon village
Un outil à remplir et enregistrer. Pour chaque type de présence, une zone pour mettre un nom, et une liste d’aides concrètes à demander. Tes réponses sont sauvegardées sur ton appareil — tu peux y revenir, imprimer ou télécharger ta carte quand tu veux.
La carte de mon village
Sur la page Créer son village, on aborde le sujet sous un autre angle : 6 catégories plutôt que 5 types, et une check-list complète orientée « état des lieux » (ce qui est déjà en place, ce qui manque). Les deux outils se complètent — l'un t'aide à identifier ton village, l'autre à l'activer.